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Bonne lecture !

Par Amadou Tidiane Wone

Soyons plus exigeants, Camarades !

 

Je viens de lire, avec toute l’attention qu’elle mérite, «la missive au nom de la République et de la Démocratie» signée par des «patriotes». Cette lettre mérite, à mes yeux, que l’on s’y arrête. En raison de la qualité de ses signataires, dont je connais certains, personnellement, depuis plus de 40 ans. Pour la plupart, ils ont mon respect et ma considération, pour d’aucuns mon estime et, pour d’autres, mon affection sincère et indéfectible.
C’est donc par devoir que je réponds, pour ma part, comme citoyen. Et aussi, d’autre part, par responsabilité. En raison des séquences et des parts de vie partagées sur les barricades, les longues nuits blanches à rêver du Grand Soir, avec passion, foi et espérance…
Les camarades se reconnaitront !
«Le Sénégal est à la croisée des chemins». Ainsi commence ce que je considère comme un appel du cœur à la Raison. Nous le disons tous. Sans préciser de quels chemins. Pour venir d’où et pour aller vers quoi ?
Il est vrai que l’atmosphère politique et sociale dans notre pays est pesante. Le climat économique est tendu. En dépit, ou à cause des potentialités énormes dont notre pays dispose, et qui pourraient changer son destin. Nous avons une population majoritairement jeune. Notre peuple est pacifique et hospitalier. Nous avons, en partage, un héritage spirituel et culturel qui a façonné des générations de cohabitation harmonieuse entre des populations d’origines diverses, mais qui ont poussé très loin leur métissage. Nous avons un pays, doté d’une belle position géographique et disposant de ressources humaines de qualité. Ayant hérité de la colonisation d’infrastructures appréciables, relativement à d’autres pays africains colonisés, nous avions une longueur d’avance sur le chemin du développement. En plus d’un système éducatif et sanitaire acceptable pour le nombre d’habitants de l’époque. Au point de polariser toute l’Afrique occidentale, dite française.
Ce bref survol pour avoir une idée de là ou on vient. Car, il faut bien partir de quelque part ! Partis d’un tableau général, pas totalement sombre, qu’avons-nous fait de ce potentiel 62 ans après «l’indépendance »? Pour avoir une perspective de là où l’on devait aller. A cet égard, comparons-nous à un pays, dont tout le monde s’accorde à dire que nous étions sur la même ligne de départ en 1960 : La Corée du Sud… Est-il besoin de développements savants pour constater la distance qui nous sépare de ce pays, en développement, alors que nous restons sous-développés ?
Alors, «à la croisée des chemins», et 62 ans après, posons-nous les bonnes questions au lieu de renvoyer aux calendes… sérères, la réflexion dépassionnée, profonde et sincère, qui pourrait nous donner une chance de sauver l’avenir de nos enfants ! Car c’est de cela qu’il s’agit. Changer de chemin, résolument, ou poursuivre dans l’impasse jusqu’à cogner le mur ? A Dieu ne plaise !
Au fil de la lecture de la missive, je lis entre les lignes les allusions partisanes, je décode l’empressement, à designer certains, comme étant les coupables de l’ébullition perceptible du débat public. Très franchement, notre pays n’a plus besoin d’affrontements verbaux ou idéologiques. Ni de partisannerie en mode camouflage.

Nous devons, tous, être plus exigeants !
Car à l’inventaire des torts et des travers qui inhibent notre nation et freinent son développement, les politiciens, toutes tendances confondues seront les premiers attraits à la barre. Combien de fois notre pays a-t-il été secoué par des crises pré ou post-électorales ? Combien de crises scolaires et universitaires ont fait le lit de tensions exacerbées par les rivalités d’organisations politiques ayant noyauté des mouvements juvéniles ? Combien de victimes innocentes ont endeuillé la quête, encore inassouvie, d’une gouvernance exemplaire, respectueuse des droits de tous ? Alors, foin des stratégies de courte vue pour liquider des adversaires politiques et juguler la crise actuelle ! Le Sénégal attend autre chose que des tours de passe-passe largement éprouvés. Notre Peuple mérite mieux que la répétition, à nausée, de gestes vieux.

Car il se fait tard !
L’urgence, c’est d’inviter Monsieur le Président de la République à gouverner notre pays de manière inclusive. A ne pas se comporter en chef de parti ou de clan mais en Père de la Nation. Il doit donner l’exemple de la vertu en politique, après avoir été victime d’une chasse aux sorcières dont il connait seul les tenants, mais dont nous sommes tous témoin des aboutissants. Et surtout de l’aboutissement !
En temps de crise, la voix grave et haute du Chef de l’Etat doit s’élever et…s’élever ! Nous l’attendons.
Après deux mandats successifs, son regard devrait se poser, exclusivement, sur une place honorable dans l’Histoire politique du Sénégal. En regardant le rétroviseur, chacun de ses trois prédécesseurs lui donne un exemple, une référence malgré les turbulences, les hésitations et les tentations. Chacun des trois Présidents de la République du Sénégal « indépendant » a ainsi conquis une place dans le panthéon de nos cœurs.
L’urgence c’est aussi d’exiger de tous les leaders politiques dont la voie porte, un discours de haute tenue. Sans violences verbales qui seraient susceptibles d’inciter à la haine avec des conséquences incontrôlables. On peut dire, avec force et vigueur ses convictions, sans attaquer les socles fondateurs de notre vivre-ensemble, ni l’honorabilité et la vie privée, fut-ce d’adversaires irréductibles. La presse a, sous ce rapport, une mission de veille et d’alerte et non de pyromanie !
Alors je dis ici de «manière haute, lucide et conséquente» que je ne suis pas un opposant. A mon âge, je suis hors du champ du manichéisme binaire qui confine nos pays dans des rapports de forces artificiels, propices à tous les reniements.

Je suis un exigeant.
Et j’invite, toutes les sénégalaises et tous les sénégalais qui veulent exiger de la rigueur et du sérieux dans la gestion de nos affaires publiques à se faire entendre. Une minorité agissante ne peut pas prendre en otage 16 à 17 millions d’habitants qui se battent, tous les jours, pour assurer leur survie quotidienne. Opérateurs économiques et entrepreneurs, ouvriers et paysans, professions libérales et artisans, toutes les catégories sociales, au pays comme dans la diaspora, veulent que ce pays soit réorganisé et bien tenu. Sans passe-droits ni privilèges indus. Que les droits des citoyens soient respectés et leur sécurité garantie. Que les délinquants économiques soient sanctionnés, leurs biens saisis et remis au Trésor public. Que l’administration joue son rôle, en toute transparence, et avec efficacité. Que la Justice soit rendue en toute indépendance. Et que les contrevenants soient sanctionnés de manière dissuasive. Accéder à des soins sanitaires de qualité ne doit pas être un luxe, mais un droit ! Aller et venir ne doit plus être un chemin de croix mais un indicateur du bien-être public. Quant à l’Education et à la formation, ce sont les leviers du progrès, de la croissance inclusive et du développement.
En vérité, l’assainissement de nos mœurs politiques et économiques passera, inéluctablement, par le comportement exemplaire et irréprochable de ceux qui ont le privilège de nous diriger. Et celui de tous ceux qui y aspirent. Alors on pourra rêver de prendre le chemin de la Corée avec comme ambition de la dépasser !

 

Amadou Tidiane WONE

www.amadoutidianewone.com

info@amadoutidianewone.com

 

 

amadou tidiane wone

Bonjour,

je suis

Amadou Tidiane Wone

Écrivain, éditeur et panafricaniste, je prône une affirmation positive de l’identité africaine par une vision sociale, culturelle et politique d’émancipation des africains. J’oeuvre pour un mouvement qui vise à défendre et à unifier les africains du continent et de la Diaspora en une communauté africaine globale. 

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