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Scandre HACHEM

Fin observateur de l’actualité nationale et internationale tout en gardant ses idéaux de jeunesse, Scandre HACHEM fut Directeur de bibliothèques en France. Ses activités politiques au sein de différentes organisations lui ont donné une expérience qui en fait pâlir plus d’un. Resté éloigné du pays pendant 40 ans, il retrouve sa terre natale après sa retraite en 2014.
Scandre HACHEM

Guerres en Europe : premiers éléments de bilan et de perspectives du conflit russo-ukrainien (2ème partie)

 

Éléments de perspectives

Les États-Unis, la France et l’Angleterre savent faire la guerre. Depuis la seconde guerre mondiale, ils ont été régulièrement impliqués dans des guerres qu’ils ont délibérément provoquées peu ou prou. Les États-Unis ont un budget militaire et des moyens techniques et technologiques à des années lumières de toutes les autres nations.

En face, la Russie a des moyens quelque peu honorables dans certains domaines, sans plus. Elle sait faire à peu près la guerre, avec quelques expériences contemporaines limitées. Elle va apprendre à mieux la faire grâce aux États-Unis si tant est qu’elle tire les leçons de son intervention en Ukraine et qu’elle réalise pour de bon que l’OTAN, sous la direction et le rouleau compresseur des États-Unis, lui fait une guerre totale , même si la dimension militaire est circonscrite à l’Ukraine pour le moment.

La seule issue un tant soit peu favorable qu’elle semble maintenant adopter est de reprendre à son compte la stratégie israélienne contre les palestiniens, se concentrer sur l’occupation des territoires annexés et la consolider d’une part, semer le chaos dans le reste de l’Ukraine pour l’affaiblir d’autre part. Poutine a mésestimé, à l’origine de son intervention, que ce qu’un allié des États-Unis peut se permettre vis-à-vis d’un autre peuple est par contre absolument ignoble, criminel et l’émanation des seuls dictateurs quand il s’agit de l’appliquer contre un de ses alliés. Quant à la Chine, c’est peu de dire qu’elle est un poids plume militaire face aux États-Unis ; son budget sur ce plan est comparativement dérisoire au leur, y compris avec les quelques avancées ces dernières années. Pire, elle ne sait pas faire la guerre, elle n’en quasiment jamais fait en dehors de ses frontières ; son équipée face au Vietnam en 1979, d’où elle a eu la sagesse de se retirer très vite, et cela a été tant mieux pour elle, lui en a fait pressentir de nouveau les difficultés et les conséquences désastreuses.

C’est une naine en face des États-Unis. La presse mainstream se glose régulièrement de sa puissante dangerosité du fait qu’elle construit tous les quatre ans environ l’équivalent de la marine française. Mais c’est se moquer du monde. Rapporté à la population française dont elle est vingt fois supérieure, cela équivaudrait à construire l’équivalent de la marine française tous les quatre vingts ans. Rapporté au PIB dont elle est sept à huit fois supérieure, cela équivaudrait à tous les 28 à 32 ans.

C’est dérisoire, contrairement aux cris d’orfraie et à la comédie que les élites occidentales et la presse mainstream nous sert en long, en large et en travers. Quant à espérer se hisser à la hauteur des États-Unis, la Chine devrait se doter d’un budget militaire plusieurs fois supérieur au leur pendant au moins plusieurs décennies. Or son budget, malgré les efforts consentis ces dernières années, reste dix fois inférieur au leur. En plus de cet effort budgétaire, il lui faudrait s’impliquer dans des guerres sur différentes zones géographiques et à différents niveaux pendant plusieurs décennies pour apprendre à faire la guerre, accumuler l’expérience nécessaire, s’endurcir, se perfectionner pour espérer être à leur hauteur, sachant que ces derniers auront aussi continué à progresser. Même si une supériorité technologique leur permettrait d’accélérer leur rattrapage matériel -d’où la guerre à outrance que leur imposent les États-Unis dans ce domaine aussi et surtout- il n’en reste pas moins qu’on n’apprend pas à faire la guerre et à la maîtriser en l’apprenant sur les bancs de l’école et en construisant sa stratégie dans son bureau ou en salle de réunion, mais en la faisant grandeur nature avec de multiples expériences et retours d’expériences à l’appui. De même qu’une équipe de football ne se construit pas sur les bancs de touche ni ne se lance avec succès dans les compétitions internationales avec juste des expériences locales fussent-elles des plus réussies.

Les États-Unis et leurs affidés européens jouent à se faire peur et paniquer leurs peuples (en leur inculquant en plus le venin de la haine) comme et contre les autres peuples du monde par la fabrique régulière d’ennemis dont certaines finissent malheureusement par se prêter au jeu. La guerre, fût-elle chirurgicale ou menée comme une « opération spéciale », est une chose sale, meurtrière et destructrice à tous les niveaux, humain, matériel, économique, moral et psychologique. Mettre le focus sur ses aspects macabres ébranle la raison et crée un déchaînement paroxystique des émotions et des passions propices à toutes les manipulations. La Chine, de même que les nations qui aspirent à un monde multipolaire doivent absolument s’extraire de cet ennivrement qui assombrit profondément la raison.

Rappelons à ce propos combien l’alcool a servi aux colons pour encourager à nous ennivrer pour mieux nous exciter et nous pousser à nous entre déchirer, entretuer pour finalement nous affaiblir et nous asservir. Les mêmes sont en train de nous ennivrer de peur panique pour nous entre déchirer et nous entraîner dans l’abîme.
La Chine dispose du potentiel pour devenir la première puissance économique et commerciale du monde comme le reste du monde de se libérer du joug unipolaire imposé par le suprématisme états-unien. Elle n’a aucun moyen réel pour devenir la première puissance mondiale. Ce sont deux choses différentes. Elle le sait et n’a jamais prétendu à autre chose, sauf à finir par endosser l’habit que cherchent obstinément à lui faire porter les États-Unis pour en faire Le Repoussoir à abattre après la Russie. Elle ne devrait surtout pas se laisser ennivrer par la culture du nombre pour croire sa puissance démultipliée comme tendent à la présenter ses ennemis. Le nombre n’a jamais fait la puissance. Les suprématistes américains connaissent parfaitement toutes ces réalités. C’est la raison pour laquelle ils poussent systématiquement à la course aux armements (mise en oeuvre avec succès pour obtenir l’effondrement de l’URSS) conjuguée aux confrontations armées dans lesquelles ils piègent leurs adversaires.

C’est pour eux une nécessité existentielle – leur propre existence s’est construite ainsi – pour préserver leur suprématie et briser toute dynamique potentielle ou en oeuvre qui pourrait la remettre en cause. Ils savent aussi qu’ils ont une suprématie totale dans ce domaine. Leur seule crainte, et c’est leur talon d’Achille, est que les peuples européens finissent par se soulever, d’où les centaines de millions de dollars dépensées chaque année pour entretenir, élargir et perfectionner leur soft power, avec des résultats certains.
Cette stratégie, pour gagnante qu’elle puisse être à court terme, risque pourtant d’être un nouvel accélérateur du lent et long déclin des États-Unis. Ces guerres économiques et technologiques, avec ces sanctions qui se multiplient régulièrement, qu’ils mènent contre tout pays qui puisse faire ombrage à leur suprématie refuser de se soumettre à leurs dictats, finissent par ébranler la confiance de plus en plus de pays. Bien des peuples non Blancs, ou non occidentaux comme on préfèrera, se disent dans le secret de leur conscience « et si
c’était mon tour demain ? ». De plus, la dynamique de cette guerre risque d’aboutir à briser progressivement l’économie monde et à créer une économie limitées aux frontières des alliés et vassaux. Cela représente un marché certes très riche mais qui se retrouvera bien réduit, avec des économies qui se contracteront nécessairement, même à supposer que la planche à imprimer du dollar gratuit pour les États-Unis parce qu’essentiellement financé par le système financier international, l’Europe, le pétrole et le gaz, continue à fonctionner à grand rythme. Pour peu que certains pays producteurs se retirent, même partiellement, des pétrodollars et pétrogaz, ce serait une autre paire de manches… Quel que soit le cas, c’est une logique totalement contraire au capitalisme qui exige de produire toujours plus.

À moins de véritables révolutions sociales réussies et stabilisées, qui fondent effectivement l’économie aux besoins sociaux et non à la recherche du profit, le cycle des crises économiques inhérentes à ce système va s’accélérer pour devenir le quotidien de ces nations.
Mais pendant que l’Europe frappée de sidération, se soumet, rentre dans le rang et accepte de se déplumer, sous la direction de ses élites, à quelque statut qu’elles appartiennent, et qui, pour une très grande part, boivent la doxa états-unienne comme du petit lait, une minorité significative qui avale comme une potion aigre, avec quelque grimace mais s’astreint à faire bonne figure pour ne pas se faire « débrancher » de la vie sociale et politique, à l’instar des quelques téméraires qui osent exprimer leurs doutes et leurs critiques, n’ayant plus d’autre issue que de se raccrocher, lorsqu’ils le peuvent, aux réseaux sociaux pour espérer exister encore socialement, le reste du monde se cherche. Même si le besoin d’un monde multipolaire, voire non aligné, risque de prendre un coup dans l’aile, à la hauteur de l’évolution et de l’issue du conflit ukrainien, la tectonique des plaques initiée depuis Bandoung continue sa dynamique et pourrait même s’accélérer avec la mise en oeuvre de nouveaux mécanismes de coopérations financières, économiques et technologiques afin de mieux se protéger des dictats et sanctions états-uniennes et de plus en plus européennes.

À noter que ni la Russie, ni l’Inde, ni l’Iran, ni même la Chine – malgré tout son potentiel et ses immenses avancées – ne seraient capables d’une autonomie technologique et à hauteur des enjeux de la guerre systémique que leur impose le suprématisme états-unien. Seuls des mécanismes de coopération économique et financière stables et, en particulier, la mise en oeuvre de centres de recherche technologique coopératifs entre les Brics + seront à même d’y répondre. Quant au piège de la guerre classique et des foyers de tensions que nourrissent les États-Unis partout dans le monde, il va leur falloir apprendre à les déjouer et les désamorcer pour se recentrer sur l’essentiel, la coopération entre nations et peuples égaux, avec un engagement clair et ratifié au sein des Brics + et avec le reste du monde d’un rejet de toute guerre économique entre eux. Celle-ci doit être considérée et définie juridiquement pour ce qu’elle est, à savoir un crime contre l’humanité.

Le 28/10/202

Scandre HACHEM
scandre1@hotmail.com

 

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