Le temps de se regarder dans un miroir

Amadou Tidiane Wone

Écrivain, éditeur et panafricaniste. Ancien Ministre de la Culture et ancien Ambassadeur du Sénégal au Canada.

Le temps de se regarder dans un miroir

Notre pays le Sénégal est en proie à une crise profonde et multiforme. Crise des valeurs, crise économique, crise politique et sociale.  Celles-ci s’expriment par toutes sortes  de déviances comportementales et des outrances verbales dont les médias rendent compte au quotidien. Au point de saturer les esprits et de dessécher les cœurs. Tuer, violer, violenter, mentir, médire, tricher, vouer un culte éhonté à l’argent et aux apparences sont devenus monnaie courante, pour ne pas dire la réalité au quotidien. L’amplification de ces phénomènes est le signe d’une mutation progressive mais en profondeur de notre société.  Est-elle inéluctable ? Cette transformation hors de contrôle est-elle irréversible ? Qu’avons-nous négligé au point de nous laisser submerger par la barbarie ? Est-il possible de s’accorder sur l’urgence et l’impérieuse nécessité de freiner la dégringolade pour amorcer la remontée de la pente ?

Toutes ces questions méritent d’être posées désormais en toute simplicité. Des réponses efficaces et opératoires doivent être urgemment formulées. Cela passera par une entreprise collective de redressement de nos travers individuels. Sans faiblesse. Aucun grand pays ne se construit dans le désordre, le culte des vanités et les bavardages intempestifs. Il faut un minimum de cohésion sociale. Et surtout une majorité d’hommes et de femmes  qui regardent dans la même direction et se donnent  des objectifs supérieurs de vivre ensemble.

Mais d’abord qui sommes-nous vraiment ? Ou bien qui croyons-nous être ?

Nous serions autour de 16 millions d’habitants. Un pays dont plus de la moitié des citoyens aurait  moins de vingt-ans.  Majoritairement musulman (95% dit-on) et 5% de catholiques. Totalement croyant donc. Même si ces chiffres sont à pondérer en raison de la survivance de religions traditionnelles et, certainement la présence de quelques athées et de libres penseurs. Il faut de tout pour faire un monde !

Cette petite fiche d’identité me suffira pour mener ma réflexion et formuler quelques propositions. Deux faits y sont établis en effet : la population sénégalaise est majoritairement jeune. Elle est majoritairement musulmane. Si quelque chose ne va pas il faut interroger ces faits majoritaires et se demander pourquoi.

La jeunesse sénégalaise, dans sa large majorité est, peu ou pas ou mal scolarisée. Le système éducatif hérité de la colonisation est resté élitiste depuis son origine. Malgré les efforts des pouvoirs publics successifs, accéder à l’école et y rester jusqu’à l’obtention d’un bagage académique et/ou professionnel suffisant relève d’un parcours du combattant. Les taux de déperdition scolaire sont très élevés. Au demeurant, obtenir un diplôme n’équivaut pas à trouver un emploi. Le nombre de diplômés chômeurs… vieillissants ( !) est effarant. Par ailleurs l’Education aux valeurs sociales et familiales qui pouvaient constituer une digue contre l’envahissement de modèles agressifs et dépravants ont fini de céder sous les coups de butoirs d’une mondialisation débridée et d’un envahissement de technologies de la communication de plus en plus accessibles au grand nombre. Sans filtres ni modération. Tout cela constitue un cocktail de circonstances favorables au naufrage collectif d’une jeunesse sans repères ni boussole. La responsabilité des ainés est largement engagée et il est temps d’y faire face.  

Amadou Tidiane WONE

woneamadoutidiane@gmail.com

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