Est-il raisonnable de vouloir  « dialoguer » sans Pastef et Ousmane Sonko ?

Amadou Tidiane Wone

Écrivain, éditeur et panafricaniste. Ancien Ministre de la Culture et ancien Ambassadeur du Sénégal au Canada.

« L’intellectuel, au sens où je l’entends, n’est ni un pacificateur ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu’un qui engage et qui risque tout son être sur la base d’un sens constamment critique, quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels. Non pas seulement qui, passivement, les refuse, mais qui, activement, s’engage à le dire en public. (…)

Le choix majeur auquel l’intellectuel est confronté est le suivant : soit s’allier à la stabilité des vainqueurs et des dominateurs, soit – et c’est le chemin le plus difficile – considérer cette stabilité comme alarmante, une situation qui menace les faibles et les perdants de totale extinction, et prendre en compte l’expérience de leur subordination ainsi que le souvenir des voix et personnes oubliées ». Edward W. Saïd

Cette longue citation d’Edward Wadie Saïd,  né à Jérusalem et mort à New York le 25 septembre 2003, est celle d’un universitaire, théoricien littéraire d’origine  palestinienne, naturalisé  américain pour toutes les raisons que l’on sait.

Cette citation, à elle seule devrait suffire pour rappeler à « ceux qui réfléchissent » dans notre pays, l’urgence d’une prise de responsabilité face à  ce qui ressemble, de plus en plus, à une loi du silence. Ou pire à une complicité agissante lorsqu’une judiciarisation de la vie politique autorise toutes sortes de manipulations de la conscience collective. Tout cela sur la base d’amalgames, et de partis pris, qui se conjuguent pour donner les éléments constitutifs de ce que l’on ne peut appeler que complot ! (Le mot complot étant défini comme un « Projet concerté secrètement afin de nuire (à quelqu’un, à une institution). »)

Sous ce rapport, et face à l’imminente tenue du « dialogue »à l’invitation, non encore formalisée en termes de contenu et de d’agenda, il est nécessaire de se demander comment des travaux de cette nature pourraient se tenir en l’absence d’un parti dont plusieurs responsables sont en prison ou sous contrôle judiciaire  (Pastef) et de son leader (Ousmane Sonko) qui, depuis quelques années occupent le terrain et suscitent, notamment auprès des jeunes, un espoir dont il est impossible de ne pas tenir compte.

Il me paraît, pour le moins,  déraisonnable et périlleux de s’engager dans cette voie sans issue. Dialogue oui ! Mais avec ceux qui représentent quelque chose sinon quelques-uns !

A l’instar de l’appel à « REVENIR À LA RAISON » signé il y’a quelque temps par plus de 104 à 300 personnalités au Sénégal et à travers le monde il est urgent, et nécessaire, de se poser un temps pour faire la part des choses, et ramener de la sérénité dans le débat public et politique.

Les ambitions personnelles des uns et des autres ne valent pas la déstabilisation de notre si beau pays. Sachons tous raison garder.

Certains parmi les gens qui se croient raisonnables vous disent, parlant de Ousmane Sonko : « Il n’avait pas à aller, un soir de couvre-feu, dans un salon de massage ». Soit. En soi ce fait le regarde lui et sa famille. D’autres vous disent : « il avait nié au départ y avoir mis le pied. Il a menti ». Soit. Mais cela valait-il plus que de le faire constater au sénégalais et de tourner la page ? Car au registre des mensonges, par omission ou par dissimulation, et même par camouflage, les hommes politiques sénégalais pour la plupart, et pas seulement, devraient faire profil bas.

Je le dis sans ambages ce dossier est pourri et nous pourrit la vie ! Telle est ma seule certitude.

Et que personne ne nous fasse croire que l’honneur d’une seule citoyenne sénégalaise serait à la base de tout le raffut qui nous a déjà coûté si cher ! Que de drames non dénoués encombrent les greffes de nos Cours et tribunaux dans l’attente du « temps de la justice. » Le temps de la justice, c’est aussi celui de l’opportunité de la rendre, comme nous le rappelait le Chef de l’Etat au cours d’une conférence de presse au Palais de la République !

Comprenne qui voudra !

Amadou Tidiane WONE

info@amadoutidianewone.com

PS : Au moment où la Reine Astrid de Belgique, à la tête de près de 300 investisseurs et hommes d’affaires belges va fouler  le sol de notre pays,  ne serait-il pas plus avisé de donner de notre pays l’image d’un pays adulte qui sait gérer et dépasser les situations les plus complexes ? Just asking !

Bienvenue à la sœur de Sa Majesté le Roi des Belges !

Commentaires

9 Commentaires

  1. Dr KEBA TAMBA

    Merci pour la belle contribution. Rare sont ceux qui ont le courage de leurs opinions dans ce pays actuellement.

    Dr. Tamba

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    • Cheikh Gueye

      Merci Baba Pour cette belle contribution et analyse
      Effectivement il paraît déraisonnable de s’engager dans un dialogue voué à l’échec sans le parti et l’opposition la plus représentative. Selon vos paragraphes 5&6 suggerez-de façon indiquée et siné-quoi-none la participation du Pastef ?
      Et pour cela, suggérez-vous de definir d’abord les contours et les bases rendant légitimes et légales de ce dialogue qui pourrait désamorcer la « bombe » qui menace la stabilité du pays?

      Vos conseils sont précieux, et méritent d’ être clarifiés pour être pris en compte

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    • Manga

      Une question très pertinente a se demander . mais que dieu soit loué et qu’il nous guide vers la paix l’armoie et la joie merci

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  2. SOUMARÉ

    Merci BABA.
    Article qui doit être lu et traité par les médias sénégalaises

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    • Amadou Tidiane WONE

      Merci beaucoup Docteur !

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    • Kéba Koté

      Merci et félicitations pour cet extraordinaire commentaire qui n’est pas une surprise pour qui connaît l’homme.

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  3. Ass Malick Mbaye

    Certains Oulémas qui sont d’avis que la plus haute forme de Jihaad est de s’opposer à une autorité injuste dans le but de restaurer la justesse divine au peril de sa vie ou au risque de compromettre son bien-être! Ceux qui ont le courage de le faire auraient presque le même merite et la même grade que les martyrs de Badr. Mais combien sont-ils? Très peu, naturellement! Bravo Baaba!

    Il ne peut y avoir de dialogue serieux dans ce pays sans Sonko! Vouloir le faire c’est choisir d’ignorer les voix et aspirations d’au moins la moitié de la population du Senegal, surtout les jeunes. C’est tout simplement faire la politique de l’Autriche! C’est vouloir definir une realité qui n’a rien voir avec celle que vivent les Sénégalais… C’est de l’hypocrisie!

    Ce qui est en jeu va bien au dela de la personne d’Ousmane Sonko que je connais très peu. C’est de la vie de millions de gens et leur destin dont il est question. Il est temps de cesser ce cirque par respect aux Sénégalais. Cela nous a déjà couté trop cher!

    “Those who make peaceful revolution impossible will make violent revolution inevitable. » JFK

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    • Ndiapaly Gueye

      QUAND LE RIDICULE NE TUE PLUS AU SÉNÉGAL

      Pourquoi les vrais débats ne sont plus posés sur nos plateaux de télévision ?

      Après le marasme économique survient celui qui indique la fin des idées fécondes dont les porteurs, ces sommités intellectuelles, qui malheureusement, ont dans leur totalité déserté les espaces réputés naguère leur terrain de prédilection pour la quête, le traitement et le partage du savoir. Les temples du savoir et des connaissances, se sont transformés en des temples sataniques où règne davantage du sensationnel sur fond de dévergondage au lieu de pratiques conformes aux règles d’éthique et d’engagement patriotique. La lecture étant par excellence le sel de l’esprit car elle a toujours contribué à le rendre fécond en le boostant, en le stimulant. Toute sorte de lecture participe à la formation de l’homme dans toute sa dimension. Qu’il s’agisse de découvertes survenues au cours des voyages, soit dans les livres, les journaux, les images à la télévision, au cinéma et les informations radiophoniques, entre autres supports utilisés comme moyens d’acquisition de connaissances pour le perfectionnement de la condition humaine. Dommage que nous constatons de plus en plus cette évidence si inquiétante à cause d’un certain recul criard du niveau intellectuel des élèves, des étudiants et même chez certains professeurs. Des faits réels qui causent énormément de menaces pour le devenir d’un pays comme le notre. Car, sous peu, le Sénégal va faire face à plusieurs enjeux géopolitiques, géostratégiques qui n’épargneront aucun pays au monde. C’est l’occasion de prendre dès à présent le taureau par les cornes. En effet, le Sénégal aura l’impératif devoir de résister ou à défaut il disparaîtra de la carte des pays décideurs qui auront leurs mots à dire dans la marche normale du monde. Face à tous ces enjeux géopolitiques incontournables devrions-nous prêter le flanc en cédant à la médiocrité. Laquelle médiocrité reste le jeu favori des lobby très puissants, partisans du moindre effort, contrairement aux souffrances que continuent d’endurer la majorité silencieuse qui n’est pas moins méritante. Malheureusement, notre pays et à des niveaux insoupçonnés est tombé dans ce piège où ceux qui ne devraient jamais prendre la parole décident à la place de ceux-là qui étaient mieux indiqués pour le faire. Tous les problèmes que nous vivons en ce moment découlent de cet état de faits saillants tellement têtus dont nous avons du mal à nous en débarrasser. Le Sénégal est devenu tristement célèbre à la face du monde pour des faits que les citoyens croyaient définitivement résolus depuis l’avènement de la seconde alternance sous Macky Sall en Mars 2012. Qu’il s’agisse de la question du troisième mandat, de la mal gouvernance, de l’impunité, de l’indépendance des pouvoirs judiciaires et législatifs et de la fin des scandales financiers, entre autres.
      Mais rien n’y fit ! Nous sommes retournés à la case départ contre toute attente populaire. Comme s’ils jouaient de la naïveté de tout un peuple désarmé ne disposant d’aucun moyen pour se défendre. Un bis repetita sorte d’un « je m’en foutisme » que rien ne saurait expliquer. Face à de telles forfaitures, le peuple a-t-il le droit et le devoir de résister ou la mort dans l’âme, se résigner une bonne fois pour toute ?

      Ndiapaly Gueye

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      • Ass Malick Mbaye

        Voila un diagnostique trés lucide de la situation actuelle du Senegal. Un pays sans savoir est un pays sans avoir et sans avenir! Le niveau intellesctuel dégradant qui y prévaut montre clairement que nous ne sommes pas prêts à assumer notre rôle dans l’Histoire comtemporaine avec tous ses enjeux geo-politiques et socio-culturels. Il est du devoir de chacun de nous de s’impliquer activement pour y remedier!

        Réponse

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