Le coucher du Soleil des indépendances ?

Amadou Tidiane Wone

Écrivain, éditeur et panafricaniste. Ancien Ministre de la Culture et ancien Ambassadeur du Sénégal au Canada.

A Ousmane…

1963 : Addis-Abeba. Les chefs d’états et de gouvernements des États Africains surgis de la nuit coloniale, se réunissent pour signer l’acte de naissance de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Le rêve d’un Continent sans frontières, où se conjuguent les différences culturelles et ethniques, traversant les frontières naturelles et physiques, prend naissance sous l’impulsion et l’inspiration des principaux leaders du Panafricanisme. Cette aspiration, née de l’impérieuse nécessité de construire un idéal commun au sortir de la nuit de l’esclavage, des méfaits de deux conflits mondiaux et des affres de la colonisation, sera la sève nourricière d’un rêve, d’un idéal  qui résonne d’Afrique aux Amériques. Mais aussi, et par delà, au sein de tous les pays rassemblés sous le générique de Tiers-Monde.  C’était le temps de la Politique au sens noble,  visionnaire et ambitieux du terme ! Dans la foulée, une banque continentale,  la Banque africaine de Développement (BAD) et une compagnie aérienne continentale (AIR AFRIQUE) voyaient le jour pour donner les moyens et les outils de la poursuite du rêve panafricain. Un rêve nourri par la plume des poètes, et écrivains, les performances des artistes de toutes les parties du Continent et de la Diaspora… On chantait «  Indépendance Cha cha… ! »

2023 : quel est l’état des lieux 60 ans après ?

Tous les projets structurants d’une ambition commune africaine ont été méthodiquement poussés à la faillite par la mauvaise gouvernance et l’incurie d’élites dirigeantes incompétentes.  A de trop rares exceptions près !  A la place, des éléphants blancs ( ?!) ont été érigés au culte de mégalomanes sans foi ni loi.

En ce moment-ci,  l’Afrique de l’Ouest est au bord de l’implosion sous l’effet domino de la crise libyenne qui n’en finit pas d’étaler ses effets sismiques et autres dégâts collatéraux !  Suite à une instabilité chronique due à la défaillance de la classe politique ouest-africaine et de son incapacité à animer la vie publique,  de manière pacifique et responsable, dans plusieurs pays l’intervention des armées commence à devenir la règle. Avec, de plus en plus et il faut le dire pour le regretter, une sympathie grandissante des populations les plus jeunes. Celles-ci, désemparées par l’absence de perspectives d’une vie digne et prospère sur un continent incroyablement doté de ressources naturelles, se raccrochent à toute forme de remise en cause du désordre établi.

Au moment où l’actualité est dominée par des naufrages en cascades d’embarcations  de fortune où s’entassent par centaines des jeunes, à la force de l’âge fuyant, désespérément, le Continent africain. Un continent qui, aux prises avec le pillage systématique de ses richesses par des puissances étrangères, sombre dans des guerres fratricides sur fond d’une corruption endémique de ses élites dirigeantes.

 Constat : jamais la balkanisation de l’Afrique n’aura atteint de tels niveaux ! La responsabilité des élites dirigeantes du Continent dans cette débâcle programmée est engagée au plus haut point.

On ne peut plus laisser faire !

Il est temps de mettre de l’ordre, pays par pays, pour répondre à l’aspiration des jeunesses africaines et leur offrir un avenir meilleur, sur leur continent, avec les ressources dont ils sont les légitimes ayant-droits !

Une intervention au Niger serait une catastrophe sans nom ! La dernière digue pour contenir l’immigration clandestine risquerait de s’effondrer après la débâcle libyenne et ses conséquences telluriques sur la sécurité de notre sous-région. Pire, ce serait un coup d’arrêt à tous les efforts diplomatiques et politiques qui ont donné corps à le CEDEAO.  Au demeurant et,  en dépit de vents contraires, le projet d’intégration sous-régional porté par cette organisation aura fait des avancées significatives . A qui profiterait son crash en plein vol ? La question nous est posée à tous. Sachons distinguer les véritables ennemis de l’Afrique qui ne se recrutent certainement pas dans sa jeunesse vibrante en attente de promesses d’avenir, réalistes et à hauteur d’homme.

Sinon, nous assisterons au coucher du « Soleil des indépendances » pour plonger dans une nuit noire favorable à toutes sortes de guet-apens par des bandits de grands chemins. La traite des esclaves  pourrait revêtir de nouvelles formes. Les chaînes de la subordination feraient de notre Continent un mouroir à ciel ouvert sur un sol bourré de diamants, d’or, de zircon et de bauxite…

Ne laissons pas à nos enfants la perspective d’un futur si sombre !

Amadou Tidiane WONE

info@amadoutidianewone.com

www.amadoutidianewone.com

Commentaires

3 Commentaires

  1. Mamadou Fadel KANE

    Seydi wone ! Vous avez procédé à une analyse très pertinente qui consisterait à partir d’une situation de départ avec sa lueur d’espoirs mais , malheureusement celle-ci est est entrain de s’estomper au regard des évènements qui se déroulent dans la sous-région et particulièrement dans notre pays. Un pays , comme vous l’aviez si bien dit dans votre dernière émission à radio fulbe, où les médecins sont devenus des garçons de salle, et les garçons de salle, des techniciens de la santé. C’est la raison pour laquelle, bon nombre de sénégalais aimeraient vous voir candidat à la présidentielle de 2024. Je sais que vous préféreriez soutenir votre candidat Karim mais sachiez aussi que vous êtes bien apprécié par toutes les générations : jeunes comme vieux. Merci et bonne continuation !

    Réponse
    • Amadou Tidiane WONE

      Merci pour ce commentaire généreux et bienveillant! Notre Continent attend une grande inspiration pour assouvir les ambitions légitimes des jeunesses africaines. Notre pays, le Sénégal regorge de ressources et de talents. Il nous faut juste un leadership inspiré et des élites un peu plus vertueuses pour gérer au mieux de nos intérêts toutes nos potentialités. Est-ce au dessus de nos moyens?

      Réponse
  2. Tapha

    Mal gouvernance une réalité évidente
    Difficultés à cerner les véritables enjeux et à projeter des pays une constante et ce malgré
    d’enormes potentialités notamment le public jeune

    Réponse

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