Siffler la fin de la récréation !

Amadou Tidiane Wone

Écrivain, éditeur et panafricaniste. Ancien Ministre de la Culture et ancien Ambassadeur du Sénégal au Canada.

A peine installé, le nouveau pouvoir sorti des urnes avec panache le 24 mars 2024 et jouissant, de ce fait, d’une légitimité incontestable est l’objet de tirs groupés dont l’origine est à chercher, sans conteste, dans certains cercles nostalgiques du pouvoir sortant. Les alliés médiatiques, ainsi que les satellites politiciens dudit pouvoir, désemparés par les effets d’une défaite, pourtant prévisible depuis plus de deux ans cherchent, vaille que vaille, une bouée de sauvetage d’une noyade définitive.  Ce qui est de bonne guerre et dans l’ordre normal des choses. Ce qui l’est moins, c’est la tendance d’une certaine presse à porter ce combat politique comme par procuration. Que des journalistes soient engagés politiquement est chose normale. Qu’ils utilisent leurs médias comme instruments de combats politiciens l’est moins. Il faut en effet distinguer les organes de parti (publications destinées à la propagande, à la diffusion des idées d’une organisation, ainsi qu’à la défense des intérêts de ses membres) des organes de presse qui ont une mission de service public, même s’ils appartiennent à des personnes morales ou physiques privées. La nuance est de taille ! Sous l’un ou l’autre des aspects, la responsabilité n’est pas la même. Et il serait temps de mettre fin à la confusion des genres.  Un rôle de plus en plus important devrait, sous ce rapport, être accordé au CORED dont les responsables sont reconnus pour leur rigueur et leur professionnalisme. Le CESTI, creuset d’excellence de la presse sénégalaise et même africaine, pourrait abriter une sorte d’instance de régulation de la presse, un observatoire de la bonne gouvernance des médias en quelque sorte. Pour faire un état des lieux et impulser un nouveau cadre d’exercice d’un métier dont la noblesse doit être restaurée, au plus vite, par une remise en cause du désordre ambiant. Dans toute la rage des titrailles des nombreux quotidiens qui n’existent que dans les revues de presse numériques, ce qui pourrait prêter à sourire ou à débat réside dans la manière : tirer sur tout ce qui bouge même si rien ne bouge ! Effectivement, quitte à inventer un non évènement ou un fait imaginaire, un titre sanglant aura pour fonction d’attirer l’attention pour régler un compte à une cible bien déterminée, souvent sur commande ! Des hommes de médias vont pousser la caricature jusqu’à imiter les postures et discours d’activistes considérés, à tort, comme des artisans de la victoire du Peuple sénégalais lors des dernières élections. Car, et il faut le dire avec force, les mécanismes qui ont conduit au changement politique qui vient d’intervenir dans notre pays sont plus profonds que ne le laissent comprendre les monologues qui sévissent dans la faune des réseaux sociaux. Ils sont le signe d’un ardent désir de changements qualitatifs de nos conditions de vie. Une quête irrépressible d’un mieux-être collectif. Comprendre cela nécessite une prise en compte de l’exigence d’un changement radical du mode de fonctionnement de notre pays. À tous les niveaux. Oublier cette exigence serait passer à côté de ce Momentum, dont la terre entière semble avoir saisi le sens, en se félicitant de la maturité démocratique du peuple sénégalais. N’oublions jamais d’où l’on vient, ainsi que les sacrifices incommensurables consentis par de nombreux anonymes, pour ouvrir un chemin nouveau et lumineux à notre Nation ! Cela prendra le temps qu’il faut, mais des signaux de ruptures irréversibles doivent être perceptibles dans les deux premières années qui viennent.  Rien ne doit détourner l’attention, des femmes et des hommes aux commandes, de cet impératif majeur : rien ne doit plus redevenir comme avant ! Au risque de se faire balayer par une nouvelle exigence populaire…

Sous ce rapport et parlant de l’actualité récente, il est urgent de parfaire la communication des services gouvernementaux en mettant en place un mécanisme d’anéantissement des rumeurs. Rien n’est plus pernicieux qu’une rumeur qui dure sans être démentie. « Répétez un mensonge 1000 fois et cela deviendra une vérité » dit-on… A l’ère de la tyrannie des fake news et de la prolifération d’officines de désinformation, dotées d’outils technologiques ravageurs, il faut se doter des moyens de riposte et de contrôle, en temps réel, des rumeurs qui tendent, notamment, à saper l’unité nationale et à mettre en péril la sécurité publique Prêter au Chef de l’Etat la prise d’une décision d’affectation d’un général sans être capable de produire le décret y afférant, et animer comme une tempête dans un verre d’eau sur le sujet pendant plus de deux semaines illustre, à souhait, les dérives qu’il convient de maitriser.  Les services publics de communication doivent développer un service de veille qui annihile les tentatives de distiller le venin dans le corps social de notre pays. A chaque fois qu’un individu ou une organisation émet une fake news suffisamment nocif, des voix autorisées doivent monter au filet, démontrer la fausseté de l’infox et rétablir la vérité. A cet exercice, plusieurs vont finir par perdre le crédit que leur donne l’illusion du nombre de vues sur les réseaux sociaux. 

Pour dire le tout, la Souveraineté mentale est la mère des Souverainetés ! Refuser la dictée de l’opinion lorsqu’elle va dans le sens contraire des intérêts supérieurs de la Nation, est une forme de courage qu’il faut assumer lorsqu’on a la conscience tranquille. Il faut garder la lucidité d’entrevoir, sous l’effet de manipulations conjuguées de politiciens en rupture de ban et d’organes de presse aux ordres, les campagnes de dénigrement et de déstabilisation.

Le changement en profondeur est une exigence du peuple souverain. Restons concentrés sur l’essentiel et consacrons toutes nos énergies au changement en profondeur de notre pays.

Amadou Tidiane WONE

info@amadoutidianewone.com

Commentaires

8 Commentaires

  1. KA OUSMANE

    Je partage totalement ton analyse.
    L’Etat doit se doter des moyens nécessaires pour mettre hors d’état de nuire tous les pêcheurs en trouble.
    La vérité. Rien que la vérité.

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  2. Abdoulaye Mané

    Il ne faut pas nous priver de vos prestigieuses analyses tant que santé vous le permette !
    Merci Baaba , longue vie et bonne santé !

    Réponse
    • Madina TOURE

      Bien dit Grand Baba! Tu sais transcrire de Façon intelligible ce que nous pensons et ressentons !
      Cette mauvaise foi diffuse n’est pas à minimiser car susceptible d’influencer très négativement les esprits fragiles et la couche populaire des citoyens qui risquent d’oublier que ceux la même qui dénoncent sont à l’origine de leurs maux ! Donc la riposte sans attendre doit être un mécanisme de défense de la stabilité du pays . Nous avons besoin de sérénité pour réparer en plein vol, comme tu dis! Que Dieu veille et préserve le Sénégal🇸🇳

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  3. Diop Alioune

    Excellence ATiWONE en phase avec vous j’aime bien l’expression usitee LES MOYENS D’ANEANTISSEMENT DES RUMEURS.

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    • Le mensonge n’a pas de fesses ce qui n’a pas de fesses ne peut pas s’asseoir

      Niitaan Baaba le fènandé Ala dooté Koo Ala dooté Diodo ta koo

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  4. Cherif Mohamed Ba

    Merci baaba

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  5. Mbengue Magatte

    Les nouvelles autorités auraient tort de sous-estimer la capacité de nuisance de cette presse corrompue, adossée à un non-modèle économique, prête à précipiter le Sénégal dans la tourmente pour sauver ses privilèges d’hier. Elles auraient tort d’être attentistes ou faibles face à ces monstres.
    Car il est en effet monstrueux d’inventer un conflit entre le premier ministre et un général de l’Armée, dans le but de suggérer un coup d’État à un groupe d’officiers supérieurs désorientés.
    Il s’agit en l’espèce, ni plus ni moins, d’une atteinte à la sûreté de l’Etat.
    Certes, la nouvelle administration a beaucoup à faire, à ne savoir par où commencer ; mais il est certain que museler cette presse mercenaire est de toute première urgence, d’une façon ou d’une autre.
    Il va falloir les payer, comme le faisait Macky, ou les mettre hors d’état de nuire ; mais ne surtout pas les sous-estimer, les tolérer.

    Réponse
    • Amadou Tidiane WONE

      Bonjour Maguette ,
      Comme vous le dites si bien, il y’a des manipulations qui doivent être caractérisées pour ce qu’elles sont: des manœuvres seditieuses tendant à semer le désordre. Mais je crois que les autorités ont pris la pleine mesure de la situation. Aux citoyens de faire le reste.

      Réponse

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