L’État d’Israël, une création de l’Assemblée générale de l’ONU ? Déconstruire le récit israélo-occidental

Scandre HACHEM

Fin observateur de l’actualité nationale et internationale tout en gardant ses idéaux de jeunesse, Scandre HACHEM fut Directeur de bibliothèques en France. Ses activités politiques au sein de différentes organisations lui ont donné une expérience qui en fait pâlir plus d’un. Resté éloigné du pays pendant 40 ans, il retrouve sa terre natale après sa retraite en 2014.

Il est totalement faux de prétendre que l’État d’Israël aurait accepté et respecté le plan de partage de la Palestine proposé par l’ONU de même qu’il est tout aussi faux de penser ou dire que l’État d’Israël a été créé par elle.

Cela aurait pu être le cas, cela ne l’a pas été. Avec toutes les conséquences dramatiques que cela a engendrées et continue d’engendrer tel le ressac d’une mer qui, à intervalles irréguliers, explose d’une colère irrépressible, toujours plus meurtrière et dévastatrice.

Il est temps de déconstruire le récit fabriqué par Israël et les grandes puissances, récit répété sur tous les tons, toutes les ondes et dans tous les écrits depuis 1947. Ce récit est une réécriture de l’histoire faite de manipulations et de travestissements systématique des faits.

Israël a été proclamé comme pays et État indépendant par une déclaration unilatérale du porte-parole des milices sionistes, David Ben Gourion, à la suite d’un coup de force contre l’Assemblée générale qui a été totalement piétinée et méprisée par la même occasion. D’autre part, même dans le cas où les milices sionistes avaient demandé le partage de la Palestine, ce qui resterait à prouver*, il est totalement faux de prétendre que l’État d’Israël avait accepté et respecté le plan de partage de la Palestine proposé par l’ONU.

  1. L’Assemblée générale, qui n’est pas une instance décisionnaire rappelons-le, recommande effectivement un plan de partage en 1947. Elle recommande en même temps, et dans la même résolution, différentes mesures précises dans le cadre d’une période de transition sous la supervision d’une commission ad hoc qui devait se mettre en place et commencer corollairement ses activités, en coopération avec les autorités britanniques, au processus de retrait de leurs troupes qui devait s’étaler jusqu’en octobre 1948 au plus tard. La commission de l’ONU poursuivant alors sa mission tout en continuant d’avoir l’appui des autorités britanniques chaque fois qu’elle en aurait besoin. Rappelons que cette résolution incluait différentes autres recommandations parmi lesquelles :
    1. le respect strict du maintien et de l’intégrité des populations composant chacun des deux territoires ainsi que de l’ensemble de leurs droits de citoyens,
  • la mise sur pieds d’une Assemblée constituante élue au suffrage universel avec un droit de vote des femmes dans chacun de ces deux territoires, …

Précisons que les territoires prévus étaient composés comme suit :

  • 14 000 kilomètres carrés, avec 558 000 juifs et 405.000 arabes pour l’État juif, soit 58% de juifs et 42% d’arabes ;
  • 11.500 kilomètres carrés, avec 804.000 arabes et 10 000 juifs pour l’État arabe ; ▪ 106 000 Arabes et 100 000 juifs pour la zone internationale qui aurait compris les Lieux saints dont Jérusalem et Bethléem, soit une superficie de 85 km2.
    • entre les deux États, une union économique, monétaire et douanière était prévue.

On peut constater immédiatement que ce statut des lieux saints tout comme surtout cette répartition des populations contrevenait totalement aux exigences sionistes d’un État juif vu le nombre d’arabes qui y vivaient et le nécessaire respect de leur intégrité. On comprend dès lors les véritables raisons de la suite des événements et de leur nature.

  • En effet, dès le vote de cette résolution, les milices sionistes, comme d’ailleurs la Grande Bretagne, court-circuitent celle-ci, cette dernière retirant aussitôt et très rapidement ses troupes, les premières, à savoir les milices sionistes, procédant à ce qui apparaitra comme une opération organisée et planifiée d’occupation immédiate des terrains évacués et de nettoyage ethnique de leurs habitants palestiniens par la violence, l’assassinat et le massacre. Déchirant et piétinant ainsi l’ONU elle-même comme l’Assemblée générale et sa résolution proposant le plan de partage.
  • Des centaines de milliers de palestiniens avaient déjà été expulsés de leurs terres et de leurs maisons au moment où, six mois après le début de massacres et du nettoyage ethnique, Ben Gourion déclare unilatéralement la création de l’État d’Israël en même temps que son indépendance le 16 mai 1948, suscitant alors l’entrée en guerre de l’Égypte et la Jordanie en particulier. Notons que toutes deux étaient encore sous l’emprise du gouvernement britannique, appâtées qu’elles ont ou auraient pu être pour se servir au passage de butins de guerre, la première de Gaza, la seconde de la Cisjordanie et de Jérusalem Est. Cette guerre n’aura eu pour résultat, sinon pour véritable objectif, que de faire passer à la trappe le coup de force des milices sionistes et le nettoyage ethnique des palestiniens. Et les butins jordaniens et égyptiens, factices s’il en fût, ces deux pays n’ayant servi en réalité que de garde-meubles à l’État d’Israël qui viendra assez rapidement les récupérer dès que l’occasion se sera présentée, ce qui fût le cas avec la guerre de 1967.
  • C’est bien dans ce contexte que les milices sionistes inventent la novlangue qu’on retrouvera dans « 1984», le célèbre roman de George Orwell. On pourrait raisonnablement se demander si là n’est l’une des sources qui l’auront inspiré dans son développement de la novlangue lors de l’écriture de son roman. En effet :
    • Les milices sionistes laissent entendre qu’elles seraient d’accord avec le plan de partage. Cela se traduit dès le lendemain du vote de la résolution par le coup de force piétinant celle-ci.
    • La déclaration d’indépendance d’Israël affirme s’engager à :
  • respecter l’intégrité de l’ensemble des populations, cela s’est traduit par les massacres, expropriations des maisons et des terres, nettoyage ethnique
  • traiter tous les citoyens avec les mêmes droits. Les quelques dizaines de milliers de palestiniens ayant échappé au nettoyage ethnique sont traités en citoyens de seconde zone avec une forte restriction de leurs droits.

Un droit fondé de coup de force accompagné de massacres et de nettoyage ethnique

C’est sur cet acte premier et fondateur que l’État d’Israël sera créé par une déclaration unilatérale (et non par l’ONU comme le prétend le récit israélo-occidental) et qui sera la matrice structurelle** de sa politique de rejet systématique de toute contrainte du droit international et qu’il n’a eu de cesse d’appliquer depuis lors. Cela a été voulu et acté dès l’origine par les grandes puissances, l’Assemblée générale de l’ONU ne servant en réalité que de cheval de Troie à ce tour de passe-passe et cette ignominie qui frappe le peuple palestinien et fonde ce droit international taillé sur mesure pour s’appliquer aux autres, qui gouverne encore le monde non occidental, celui-ci en payant encore et toujours le prix. Tout cela avec la complicité tacite mais non moins décisive orchestrée par la Grande Bretagne avec l’appui des trois autres grandes puissances du Conseil de sécurité, la place occupée par la Chine de Formose comptant pour zéro et n’étant que pur subterfuge imposé par les États-Unis.

C’est à l’appui de tous ces facteurs que l’État d’Israël s’est systématiquement arrogé la conviction d’être investi du droit et du pouvoir de contrevenir et de piétiner les résolutions de l’ONU et tout ce qui représente le droit international chaque fois qu’ils contrediront son bon vouloir et de sa suprématie.

« N’ayant pu faire que la justice fût forte, on fit de la force justice »

Ainsi on comprend clairement que l’État d’Israël n’est pas le produit d’un acte de droit mais d’un rapport de force issu d’un coup de force contre un acte de droit, le travestissant et l’accompagnant d’un nettoyage ethnique s’appuyant de crimes de guerre et crimes contre l’humanité dont la logique ultime a été la mise en route d’un processus génocidaire qui ne s’est jamais démenti à travers l’histoire réelle d’un conflit devenu séculaire.

N’eût été ce choix délibéré des milices sionistes avec la complicité active des grandes puissances, l’État d’Israël aurait été effectivement créé par l’ONU. Mais dans ce cas de figure, cela aurait été à la suite d’une exigence contraignante du Conseil de sécurité du strict retour et respect du processus engendré logiquement par l’ensemble de la résolution de l’Assemblée générale proposant le plan de partage avec toutes ses recommandations. Engendré ainsi dans la contrainte du respect du droit international, l’État d’Israël aurait appris à le respecter. Cela n’a pas été la voie choisie, ni par les milices sionistes ni par les puissances qui en avaient le pouvoir de décision et de contrainte.

Il est définitivement temps que cela cesse. Un droit international, équilibré, disant l’éthique et la justice, enfin appliqué à tous, sans discrimination ni passe-droits, passera nécessairement par la libération du peuple palestinien de ce joug infernal auquel il est soumis depuis cette forfaiture lugubre autant que génocidaire.

Si par ailleurs la solution politique à ce désastre organisé et annoncé devait passer par l’existence de deux États, il devrait revenir à la Cour Internationale de Justice d’en établir les contours précis en se fondant sur l’ensemble des résolutions, et annexes y afférant, de l’ONU depuis 1947.

* Les palestiniens proposaient un État binational dans les frontières de la Palestine mandataire. Les sionistes, quant à eux, demandaient la création d’un État juif, mais sans en avoir jamais délimité quelques frontières que ce soit. Cela ne correspondait nullement au plan de partage proposé par l’Assemblée générale de l’ONU, ni dans l’esprit ni dans la lettre. Les milices sionistes, comme l’État d’Israël par la suite, ont systématiquement joué l’ambiguïté à ce sujet jusqu’à ce jour.

** Cette matrice est tridimensionnelle : ce privilège de piétiner l’ONU et le droit international est systématiquement articulé avec la mise en accusation des victimes comme responsables des massacres et destructions qu’elles subissent, le tout avec la bénédiction et la complicité tacite et/ou affichée de l’essentiel des pays occidentaux.

Scandre HACHEM

Pour aller plus loin, voir mon article en deux parties intitulé « Ce peuple qui ne veut pas mourir ou l’ONU et la question de la Palestine » :

https://www.facebook.com/share/p/5jv8giqVk4PkeDMv/?mibextid=qi2Omg
https://www.facebook.com/share/p/2ofxPHB2X8KZhsUP/?mibextid=qi2Omg

Voir aussi le plan de partage proposé par l’Assemblée générale de l’ONU repris par l’Université de Perpignan, Digithèque de matériaux juridiques et politiques :

https://mjp.univ-perp.fr/constit/il1947.htm

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