Gaston Mbengue, l’outrance indigne

Henriette Niang KANDÉ

Il est des mots, des termes qui s’introduisent insidieusement dans le lexique, tenus par des hommes et des femmes publics sans que nul n’y prête attention et sans qu’on les ait définis préalablement. C’est seulement lorsqu’ils se sont en quelque sorte fondus dans le décor (ici dans le cadre de la campagne en direction des élections locales) qu’ils se révèlent pour ce qu’ils étaient depuis le départ : non pas de simples mots, mais des éléments structurants d’une construction idéologique.

A observer Gaston Mbengue, il n’y a qu’une formulepour le décrire : « qu’il est bête » !  C’est le qualificatif qui lui va comme un gant et qui lui sied indiscutablement le mieux. . Un peu comme la beauté, dont un chirurgien brésilien dit qu’elle est difficile à décrire, mais quand on la rencontre, elle nous saute aux yeux. Les bêtises qu’il débite chaque fois qu’il ouvre la bouche ou pose un acte ont fini de convaincre qu’il a la profondeur d’une planche de surf, de la bouillie dans la tête qui lui sert de cerveau et le rayonnement intellectuel d’une laitue. Dans une vidéo qui circule sur la toile et postée par la chaîne «Lutte TV », il se montre chez lui, un livre ouvert dans les mains, devant une bibliothèque… en papier peint où on aperçoit un chat perché et un interrupteur  fixé au mur… de la bibliothèque virtuelle. C’est bien ce que dit Michel Audiard :« Un homme bête, ça ne se définit pas. Il faut donner des exemples ». Il rajoute : « Traiter son prochain d’homme bête n’est pas un outrage, mais un diagnostic ». S’il arrive de douter qu’on puisse naitre bête, certains ont d’indéniables dispositions naturelles à l’être. Gaston Mbengue occupe une place de choix dans cette catégorie.

Par son rattachement direct à l’animal, à l’animalité, la bêtise ne connait pas d’équivalent comme tel en anglais par exemple, ou en espagnol ou même en allemand. Ne vous en faites pas, je me suis renseignée. Ce mot de bêtise se heurte comme qui dirait à une « intraductibilité ». Ceux qui parlent anglais disent stupidity ou dumbness et les Allemands dummheit, me dit-on. Des mots qui ne comportent aucune référence à l’animalité. Contrairement à ceux qui peuvent être qualifiés de mal-éduqués, idiots ou enfoirés, et qui peuvent être soignés, un homme bête est définitivement irrécupérable, son décalage par rapport à ceux cités plus haut irréversible et son cas suffisamment sérieux et chronique pour mériter ce label.

Certes il serait naïf de feindre de découvrir la mentalité de Cour de Gaston Mbengue et de discuter des inepties qu’il assène chaque fois qu’il ouvre la bouche, qu’il a continuellement entrouverte. Les grossièretés éructées la semaine dernière sur le plateau de Wal Fadjri, il les avait déjà tenues sur une autre chaîne de télévision. Une vidéo diffusée hier l’a filmé, dans laquelle il revient sur ses propos. Les excuses qu’il présente confirment que le gars est la bêtise personnifiée. En chair, en os… et en chapeau.

J’imagine aisément que si l’on inventorie les pathologies de la société, l’une des tares répandues et que Gaston Mbengueporte comme un étendard, c’est cette mentalité de Cour. Sa célébrité du néant prospère sur les ruines de sa vie intérieure. Son agressivité n’a d’égal que son statut de larbin, de rouage pour des maîtres prêts à détruire notre tissu social, en prescrivant une médication dangereuse. Sous son ombre simiesque et anthropophage prolifèrent des champignons vénéneux, comme des cellules cancéreuses. Pour la cohésion de ce pays, cette mentalité de baveur débile doit être confinée à l’intimité de son espèce.

Autrefois cantonné dans un espace sans danger pour autrui, cette espèce se voit, par la magie et parfois de la légèreté coupable du monde de la télévision surtout, amenée à être des hérauts redoutables d’une stratégie perverse, qui comme dit Jamel Debbouze « est une porte ouverte à toutes les fenêtres ».C’est sur cet aspect précis que la responsabilité de la presse se doit d’être plus forte, car elle est le réceptacle de la parole publique. Il y a aussi à prendre très au sérieux cette phrase d’Emmanuel Lévinas : « la responsabilité est un appel à l’autre ».

Une fable, dans la veine de celles qu’on nous faisait apprendre et réciter à l’école primaire raconte que dans une forêt, un jour de beau temps, un rossignol et un corbeau discutaient de qui avait une plus belle voix et chantait le mieux. Ne s’accordant sur rien, tout d’un coup, un petit cochon qui passait par là fut appelé à être l’arbitre. Il s’assit en face de l’arbre où étaient les deux oiseaux, croisa ses petites jambes et prit très au sérieux le rôle qui venait de lui être assigné. Le rossignol commence alors à chanter, lui qui est reconnu pour sa voix mélodieuse. Puis arrive le tour du corbeau, qui, comme on le sait, croasse. Après un petit temps de réflexion, le petit cochon donna la victoire au corbeau. Le rossignol se mit alors à pleurer. « Pourquoi tu pleures, lui demanda le vainqueur ? Parce que tu as perdu ? ». « Non répondit le rossignol. Je ne pleure pas parce j’ai perdu. Je pleure parce que j’ai été jugé par un porc ».

Par Henriette Niang KANDÉ

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