La crise en Iran et ses enjeux

Scandre HACHEM

Fin observateur de l’actualité nationale et internationale tout en gardant ses idéaux de jeunesse, Scandre HACHEM fut Directeur de bibliothèques en France. Ses activités politiques au sein de différentes organisations lui ont donné une expérience qui en fait pâlir plus d’un. Resté éloigné du pays pendant 40 ans, il retrouve sa terre natale après sa retraite en 2014.

C’est dans la logique de leur lutte d’influence et de suprématie que les suprématistes états- uniens interviennent sous de multiples formes et moyens pour assurer leur domination et la prééminence de leurs intérêts au détriment de tout ce qui pourrait s’y soustraire ou même les contenir. Ils savent très bien que ces interventions et sanctions pèsent essentiellement sur la population et non les dirigeants prétendument visés, l’objectif étant que le peuple affamé, subissant toutes sortes de restrictions, finisse par se soulever. Ils sont gagnants à tous les coups, car même en préservant leur pouvoir, les dirigeants des pays visés finissent commettre des erreurs qui les affaiblissement ainsi qu’une répression de plus en plus forte qui justifie à son tour des sanctions encore plus destructrices pour la population. Cela finit par développer une dynamique qui se nourrit d’elle-même si elle n’est pas enrayée. Et tant pis pour les masses populaires fragiles et démunies, seules les couches moyennes supérieures, soit une infime minorité de la population, intéressant israéliens et états-uniens, les premiers pour leur empire régional (Eretz Israël) et les seconds pour leur suprématie mondiale, pour ce qui est de l’enjeu iranien.

Le régime iranien, face aux multiples offensives de tous niveaux et moyens, guerres, violences armées, assassinats ciblés, guerre économique et financière, manipulations politiques, a généré aussi, tout au long de sa résistance à ces déferlantes, des crispations de plus en plus fortes, mais surtout s’enfermant et dérivant obstinément dans des combats usants et mineurs comme les refus et interdictions de pratiques de vie quotidienne et comportementale, imposant comme une camisole de force sur des libertés sociétales en faisant des objectifs fondamentaux, tel le port du foulard, pour ne citer que cet exemple, alors que des centaines de millions de musulmanes ne le portent pas et n’en sont pas moins musulmanes, alors qu’ils en sont eux-mêmes conscients et convaincus, mais n’en faisant plus qu’un enjeu de rapport de forces. Occultant certaines décisions radicalement novatrices de Khomeini comme le choix libre de changer de sexe, quasiment une première mondiale alors qu’ils auraient pu en prendre exemple pour rester l’esprit ouvert et à l’écoute de sa population.

Le b a ba de la politique, savoir avancer sur le plus important et lâcher du lest sur le moins important, reconnaître la pertinence d’un besoin indépendamment d’une question de rapport de forces, ou alors l’accepter et y répondre dans une période de calme, se concentrer sur les enjeux majeurs, comprendre les exigences sociétales des différentes couches de la population, y compris des couches moyennes qu’ils n’ont de cesse de voir à

l’œuvre dans leur propre vie domestique à travers leurs propres enfants, comme celles des couches sociales fragiles, reconnaître et développer les droits sociaux pour une meilleure participation des travailleurs dans la vie des entreprises avec une représentation forte dans les instances de décision, en particulier dans les entreprises publiques, tout cela les dirigeants conservateurs iraniens le savent parfaitement mais se sont retrouvés dans une logique d’enfermement et de crispations qu’il leur est de plus en plus difficile de se libérer et dont il est pourtant fondamental et nécessaire de se libérer.

Il est tout à fait faux, aventuriste et meurtrier de penser et d’agir selon la sentence qui décréterait que le régime iranien ne serait pas réformable. Ce régime est tout à fait réformable. De nombreuses opportunités se sont présentées depuis plusieurs décennies. L’échec n’était pas nécessairement au rendez-vous. Et pas seulement du fait des interventions israéliennes et/ou américaines.

La différence fondamentale entre les électeurs conservateurs et leurs représentants d’une part, et les électeurs réformateurs sont la persévérance. La différence essentielle entre eux se trouve en réalité dans la persévérance des premiers face à une évolution erratique des seconds qui passent d’un enthousiasme débordant à la frustration, l’enfermement et le rejet. Les réformateurs se sont systématiquement déclarés déçus, après chaque expérience, car leur élu à la présidence n’était pas allé suffisamment vite ni loin dans le changement. Ou alors convaincus d’avoir remporté des élections comme lors de la réélection de Ahmadinejad parce que fortement majoritaires dans les grandes villes, confondant ainsi grandes villes et ensemble de la population. Ils ont régulièrement boycotté en conséquence les présidentielles suivant le deuxième mandat, laissant ainsi la place aux conservateurs qui ont continué de consolider leurs réseaux au sein des différents pouvoirs, petits bouts après petits bouts, pans après plans, y compris quand ils se sont retrouvés dans l’opposition, acceptant les résultats des élections et agissant résolument sans tambour ni trompette.

Après chaque expérience, la construction des mêmes types de réseaux chez les réformateurs étaient stoppés puis réduits à leur plus simple expression. Ils ont ainsi alterné espoir et accès au pouvoir pour passer ensuite à la déception nihiliste suivie d’explosions violentes et jusqu’auboutistes. Leurs expériences interrompues dans de telles conditions et conséquences ont grignoté et réduit leurs forces et influence, affaiblissant en conséquence le contre-poids qu’ils étaient censés exercer pour contenir les pratiques des conservateurs, ces derniers occupant de plus en plus les réseaux de centres de pouvoirs et de contre- pouvoirs.

Les couches moyennes et les électeurs réformateurs portent une lourde responsabilité dans ces déséquilibres et dans le blocage que cela a induit et qui minent aujourd’hui les institutions au détriment de l’ensemble du peuple iranien. Les seuls gagnants dans cette situation sont les États-Unis et Israël qui n’ont de cesse de s’en délecter. Les couches moyennes et les électeurs réformateurs doivent savoir balayer devant leur porte et recommencer à s’investir dans les processus institutionnels. C’est un engagement de longue haleine, qui exige persévérance et perspicacité, acceptation consciente d’un rapport de forces aujourd’hui largement en leur défaveur et dont ils sont aussi et surtout les artisans, mais aussi acceptation des défaites. Ce sont là les conditions nécessaires pour espérer retrouver leur influence et éventuellement asseoir à moyen ou long terme leur hégémonie. Espérer et compter, pour certains d’entre eux, sur quelque alliance israélo-états-unienne, si cela devait réussir, transformerait l’Iran en un nouvel Syrie ou une nouvelle Libye, tout simplement.Tels sont les termes de l’alternative.

Scandre HACHEM

Le 28/09/2022

scandre1@hotmail.com

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