L’APARTHEID ET L’ÉTAT D’ISRAËL

Scandre HACHEM

Fin observateur de l’actualité nationale et internationale tout en gardant ses idéaux de jeunesse, Scandre HACHEM fut Directeur de bibliothèques en France. Ses activités politiques au sein de différentes organisations lui ont donné une expérience qui en fait pâlir plus d’un. Resté éloigné du pays pendant 40 ans, il retrouve sa terre natale après sa retraite en 2014.

Le débat en cours au Parlement français concernant le soutien au peuple palestinien et la caractérisation du système d’apartheid mis en place par l’État d’Israël s’est retrouvé d’emblée vicié et noyé dans la confusion comme seuls savent, avec maestro, y engloutir les lobbies pro israéliens en Europe en particulier. Il en va ainsi depuis quelques décennies déjà toute tentative de mise en cause efficace pour la reconnaissance et l’effectivité des droits nationaux. Ce débat est l’occasion de présenter un point de vue sur la question de l’apartheid pratiqué par l’État d’Israël tout comme le chantage systématique à l’antisémitisme de toute critique radicale de la politique israélienne eu égard aux droits nationaux du peuple palestinien.
Soit on s’astreint à déplorer l’injustice faite aux Palestiniens, prôner la nécessité de la paix, etc…, rester ainsi dans le consensus et le politiquement correct et tout se passe bien, dans une indifférence générale entendue, malgré quelques grimaces ou même frictions affichées de la part de certains ultras.

Soit on appelle un chat un chat, et dire la réalité d’une colonisation de ce qui reste de territoires palestiniens et de la mise en oeuvre d’un système d’apartheid, exiger des mesures efficaces pour que cesse cette politique et que l’on prenne des mesures efficaces en faveur des droits nationaux du peuple palestinien, et on se heurte alors massivement aux accusations les plus fantaisistes comme les plus ignobles. Dès lors, il faut s’y préparer, et l’assumer, car il faudra beaucoup de courage et de persévérance pour affronter le déferlement de haine et d’insanités ainsi que la mise au ban de la bien-pensance qui sera mis en oeuvre.

À l’exploitation industrielle de la Shoah à but d’obtenir l’adhésion active et/ou passive de l’opinion occidentale à la politique de colonisation et de spoliation des Palestiniens a été ajouté ces deux dernières décennies le recours systématique au chantage massif à l’antisémitisme à but de destruction psychologique et sociale des personnes ou entités cibles.

D’une colonie de peuplement à la mise en oeuvre d’un système d’apartheid
L’Afrique du Sud a été un État d’apartheid. Il a été combattu en tant que tel. Ceux et celles qui l’ont combattu n’ont jamais été traités de racistes, pas pour cette raison en tout cas. Une fois l’apartheid mis à bas, les Blancs n’ont ni été jetés à la mer, ni fait l’objet de massacres. L’injustice n’a pas cessé pour autant, des injustices continuent d’exister, des oppressions de classe exercées par les classes dominantes blanches comme noires cette fois.

D’autres issues auraient été possibles, faites de plus de violence, de vengeances, d’exactions et de massacres limités ou non, des exils en masse avec orchestration de paniques spontanées ou entretenues…. Il y aurait eu plus de risques d’en arriver là si les Noirs avaient été seuls pour défaire l’apartheid. Par contre, le fait que des puissances coloniales ou
impérialistes aient fini par accompagner la fin de l’apartheid a aussi facilité l’issue que nous avons connue et qui est saluée comme exemplaire à ce jour. N’eût été ce retournement les quelques années avant la fin de l’apartheid, l’ANC et en particulier Nelson Mandela, malgré son immense popularité, auraient ils pu contenir la colère immense des Noirs Sud Africains et éviter des dérapages et autres réactions incontrôlées ? Rien n’est moins sûr. Toujours est-il qu’il a fallu dans tous les cas assumer la lutte contre l’apartheid jusqu’au bout et nommer un chat un chat, sans avoir jamais eu à édulcorer leur combat, leur argumentation ni les mots pour leur donner corps.

Si l’on veut favoriser ce même type d’issue dans le conflit israélo-palestinien, il est justement nécessaire d’arrêter de s’écraser, de se coucher. Mais il faut s’armer et choisir les termes du combat. Et surtout arrêter de se contorsionner dans tous les sens, chercher le mot, la suite de mots, la syntaxe, l’argument, et j’en passe, qui conviendraient, pour éviter de se faire traiter d’antisémites et autres tentatives de rejets et de disqualifications en veux-tu en voilà. Aucune contorsion, de quelque nature qu’elle puisse être, ne conviendra à ces maîtres chanteurs, dès qu’il s’agira, quand il est question de caractériser la nature de l’État d’Israël pour ce qu’elle est et/ou d’adopter des mesures sérieuses et efficaces pour soutenir le peuple palestinien à recouvrer effectivement ses droits nationaux d’appeler. Bien au contraire, la soumission à ces contorsions n’aboutit qu’à devoir se soumettre toujours plus, toujours devoir se justifier, puis être gauche et mal à l’aise, se mélanger les pinceaux , ne plus savoir quel pied mettre après l’autre pour finir par tomber dans le même travers que le costume de Fernand Reynaud dans sa chanson « Y’a comme un défaut ». Vous finirez ainsi de tomber dans le piège savamment tendu qui vous colle à la peau et vous disqualifie à jamais dans le cercle de la bien-pensance médiatique, politique et sociale. Mais lorsque l’appartenance à ce cercle, inscrit dans votre inconscient, vous importe par dessus tout, vous jouez l’évitement d’emblée ou finissez par lâcher prise et vous laisser aller aux formules de l’impuissance et de la langue de bois, fût elle riche et bien charpentée. Nous n’avons pas des khâgneux pour rien après tout. Ce même « costume » de Fernand Reynaud qui devient pour les palestiniens un soutien toujours plus inadéquat, pire, une prison intérieure pour un corps qui finit par se désarticuler à force de se distorsionner.

Car une autre issue est malheureusement possible pour les palestiniens, finir comme les Indiens d’Amérique, le seul génocide véritablement abouti à ce jour, et cesser d’exister en tant que peuple, se contentant de vivre pour l’essentiel dans des réserves, y avoir le droit d’ouvrir des casinos, des centres de prostitution, voir se développer de petites mafias locales vivant de banditisme et de trafics divers. Le peuple palestinien aura eu alors, en guise de compensation, au moins l’honneur d’accéder au podium de l’horreur, avec sa médaille d’argent pendue à son cou, à côté des Indiens des Amériques.
Celles et ceux qui auraient décidé de s’écraser, de se coucher y auraient alors leur part de responsabilité.
l’Afrique du Sud a mis en place un système d’apartheid appliqué aux non Blancs tout en étant démocratique pour les Blancs.

De même la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne ont mis en place un système colonialiste tout en étant démocratiques pour leurs peuples respectifs. Ces systèmes ne sont malheureusement pas antinomiques comme on veut nous en persuader quand il s’agit de l’État d’Israël. C’est dans la nature même de cet État, dès l’idée de création, dès la première moitié du 19e siècle, soit cinquante ans avant le Premier Congrès Sioniste en 1897 et soixante-dix ans avant la Déclaration Balfour, d’être un projet colonial au service de sa Majesté britannique, puis de l’ensemble de l’Occident colonial et impérialiste. Ses fondateurs l’ont repris à leur compte, s’en sont donnés pour mission et l’ont assumé jusqu’au bout. Leurs successeurs aussi et plus que jamais. Le système d’apartheid n’en est que l’aboutissement intrinsèque et l’expression la plus hideuse. Il ne disparaîtra qu’avec l’établissement des droits nationaux du peuple palestinien ou l’élimination de celui-ci. Car là, par contre, ces deux natures sont antinomiques. Et jusque dans l’inconscient israélien, le Palestinien semble devenu son oeil de Caïn.

Scandre HACHEM

Le 4/08/2022
scandre1@hotmail.com

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