L’EXCELLENCE CONTRE LA MEDIOCRITE

Mamadou DIOP

On a beau dire, mais les réseaux sociaux peuvent avoir un bon côté. C’est ce que je me suis dit ce samedi matin quand j’ai reçu deux très beaux textes de deux professeurs d’université, Mary Teuw NIANE et Babacar DIOUF. Ces deux textes m’ont été transférés par des amis vingt quatre heures après que j’eus lu la relation des dégâts provoqués par les premières pluies de la saison dans la capitale sénégalaise d’une part et du triomphe du football sénégalais à la cérémonie des CAF Awards organisée au Maroc d’autre part.

Une lecture brute des deux faits m’avait amené à me poser la question de savoir si on parlait du même pays. J’ai dû très vite me rendre à l’évidence, il n’y a qu’un pays qui porte le nom « Sénégal », c’est le mien.
D’abord, que nous disent les deux professeurs ?
Mary Teuw NIANE, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, chante un bel « Hymne à l’excellence » dont le rythme et la hauteur vous font oublier (c’est un ami qui me l’a fait remarquer) que c’est l’un des meilleurs mathématiciens du Sénégal. Appréciez vous-mêmes :
« Ces temps sombres où les médiocres battent le tam-tam ;
Ces temps puérils où les propos futils fixent l’attention ;
Ces temps honteux où les cupides voraces s’enrichissent sans limite ;
Ces temps à oublier où la jalousie corrosive empêche de fêter la réussite honnête… »
Ces mots bien choisis, décrivent bien le drame d’un pays en proie au désarroi d’une médiocrité ambiante, d’une médiocrité régnante. Le Sénégal d’aujourd’hui semble en effet soumis à une logique implacable de coups de force, d’indignité, d’invectives et de menaces qui exclut toute idée de débats ou de concertation. Nous semblons avoir choisi le pire. Cela est évidemment dû à des orientations et des tendances maladives dictées par une forte majorité des « élites » politiques qui ne trouvent leur salut que dans la perpétuation d’un système de prédation, de concussion, de combines et de manoeuvres et qui ne se préoccupent jamais des intérêts supérieurs de la nation.

Quand on en est là, que reste-t-il d’espérance pour le salut du pays ? Le professeur NIANE nous indique la voie à suivre : celle qui met en avant l’intelligence des jeunes :
« Que les couveuses d’intelligences juvéniles se multiplient ;
Que lycées d’excellence, lycées urbains, lycées ruraux, lycées populaires essaiment ;
Peu importent leurs noms, leurs parures, les lycées publics ou privés sèment les bonnes graines ;
Les enseignants, bergers infatigables des intelligences, méritent nos remerciements… ».
Voilà donc que nos deux universitaires se rejoignent ; en effet, le professeur DIOUF invite ceux qu’il appelle « les souteneurs aveugles des bêtisiers de la République » à aller lire la loi d’orientation sur l’éducation nationale, ainsi que le programme d’histoire, de géographie et d’éducation civique de la sixième à la terminale pour se rendre compte de « l’idiotie du Maire de la première capitale du Sénégal » qu’il affuble du nom de « Ment sourd faille ».

On ne peut rien changer dans un pays où les voix les plus audibles, les actes les plus visibles sont ceux des plus médiocres. C’est bien ce que déplorent nos deux professeurs quand l’un chante l’excellence et l’autre dénonce « la souillure des fondements de l’Etat de droit et des libertés individuelles » par une autorité qui a appelé les parents à interdire à leurs enfants d’accomplir un acte citoyen, aller voter le 31 juillet prochain.
Il faut alors chercher dans le ciel une lumière d’espérance et c’est bien ce que nous avons perçu, le 21 juillet dernier venant de la cérémonie des CAF Awards où notre pays a décroché cinq oscars dont ceux de la meilleurs équipe, du meilleur entraîneur et du meilleur joueur du continent.

Ceux qui nous ont fait remporter ces trophées méritent notre respect et notre reconnaissance et ils pourraient inspirer tous ceux qui, à quelque poste qu’ils occupent, devraient se préoccuper du succès de leur charge et non des avantages qu’ils peuvent en tirer. C’est toute la différence entre l’excellence et la médiocrité.

Mamadou Diop

23.07.22

PS : c’est après que j’ai mis la dernière main à cette contribution qu’un ami m’a envoyé un sms pour m’apprendre l’adhésion du professeur Mary T. NIANE à Yewwi Askan Wi.

Commentaires

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Lire plus

Articles similaires