Leçons d’un scrutin (suite)

Mamadou DIOP

Après les législatives du 31.07.22, j’en tirais ce que je considérais comme premières leçons par un texte publié le 04.08 dans le site  amadoutidianewone.com.

En ce temps-là, on était en pleine « guerre des chiffres » alors même que les résultats provisoires n’étaient pas encore publiés. C’est la tête de liste de la coalition au pouvoir qui avait ouvert les hostilités quelques heures après la fermeture des bureaux de vote manquant ainsi au devoir de réserve que lui imposaient les très hautes fonctions qu’elle a eu à assumer durant le magistère de son mentor.

Voyez-vous, en matière de gouvernance publique, les fonctions ne donnent pas le sens de l’Etat à n’importe qui. Quand on est tête de liste d’une coalition, et qu’on ne se soucie que de crier victoire à peine les bureaux de vote fermés, alors que les esprits sont surchauffés, c’est qu’on ne voit que son avenir immédiat dans ce qui va suivre les compétitions électorales. Cela a provoqué de vives réactions de la part du camp d’en face et c’était annonciateur de lendemains gros de risques pour la stabilité du pays.

Voilà que quatre jours après le scrutin, le régime en place détenant seul les PV dont le traitement pouvait faire l’objet de suspicions, s’est décidé à publier les résultats provisoires dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont surpris l’opinion.

« Laissez parler les chiffres, et vous entendrez la vérité », disent les Américains. La nouvelle configuration de l’Assemblée nationale dessine une défaite sans appel de BBY qui passe de 125 députés sur 150 à 82 sur 165. La coalition du chef de l’Etat qui est à sa onzième année à la tête du pays, est donc passée de 83% à 49 % des sièges du Parlement. Si ce n’est pas une défaite, qu’on me dise comment interpréter ces chiffres. Et que donnerait ce scrutin s’il était organisé par une structure totalement indépendante sans être entaché par les mesures d’exclusion dont ont été victimes en amont les ténors de l’opposition ? Cela d’ailleurs ne peut que renforcer leur mérite.

Qui plus est, ce que j’appelle « le syndrome de Podor », cas avérés de fraudes et aveux d’achat de conscience, a du frapper d’autres localités du pays mettant en doute la sincérité d’un scrutin qui, assurément, n’a pas été un modèle démocratique.

Sur un autre plan, nous avons eu de belles leçons sur l’intérêt de jouer le jeu de la vérité et de la dignité. Regardons tout simplement la trajectoire de trois hommes qui ont traversé ces dernières années une pénible tourmente dont ils sont sortis, au-moins provisoirement, par des victoires éclatantes.

Ousmane SONKO a vécu toutes les affres de l’acharnement administratif et judiciaire et il ne s’est pas laissé briser par l’adversité. A chaque coup, il a avancé d’un nouveau pas ; Guy Marius SAGNA, qui passe sa vie entre son domicile et la prison, et qu’on avait exilé à Kédougou pour l’éloigner de la capitale, est entré en force au Parlement ; enfin, Barthélémy DIAS, un autre enfant terrible du paysage politique, sur qui pèsent de lourdes accusations de meurtre, vient lui aussi, après la Mairie de Dakar, de gagner brillamment son ticket d’entrée dans l’Hémicycle.

Miracles ? Non, Dieu ne laisse jamais perdre sa récompense à celui qui fait le bien.

Regardons en face tous ceux qui ont trahi leurs compagnons de lutte, leurs amis, leurs électeurs, et qui, aujourd’hui, se retrouvent, la queue rentrée, dans une descente aux enfers bien méritée. Les trois députés qui pourront faire basculer la majorité d’un bord à l’autre, doivent prendre conscience de leurs responsabilités vis-à-vis du Peuple sénégalais et ne jamais oublier le regard que ce dernier gardera sur eux. Quant au petit bonhomme de Doha, le succès de la coalition menée par son père ne doit lui laisser aucune illusion.

Quand j’entends le « tailleur de haute couture », Ismaïla Madior FALL crier « l’impossibilité structurelle de la cohabitation », je sursaute : Il en est là ? C’est un véritable aveu de la part du plus volubile et du plus visible Conseiller juridique du président de la République que le Sénégal n’ait jamais connu. C’est le théoricien d’un éventuel troisième mandat du président en exercice, que l’opinion, dans une large majorité, rejette. Et cela semble bien clair aux yeux de nos « amis » puisque le journal Le Monde affirme, dans son édito du 05.08, que: « L’intérêt de l’Elysée est aujourd’hui de convaincre M. SALL de sortir par le haut en 2024… ». Le souvenir traumatisant de mars 2021 est encore vivace dans les esprits.

Malgré les nombreux avatars que ce scrutin a connus, et qui tiennent à un système électoral peu démocratique, nous faisant craindre le pire, les jeux semblent faits. Avec une présence aussi massive qu’inédite de l’opposition dans l’hémicycle, et dans l’ultime virage du dernier mandat de Macky, le Sénégal entre dans une nouvelle ère qui annonce un rééquilibrage des pouvoirs des diverses Institutions de l’Etat dont le pays a un ardent besoin.

C’est peut-être la fin de « la servitude parlementaire » qui a donné de notre Assemblée nationale une image peu reluisante. Rien que pour cela, le scrutin du 31.07.22 mérite d’être gravé, avec les noms de ceux qui l’ont vraiment remporté, sur les pages les plus glorieuses de notre histoire.

Mamadou DIOP

Le 05/08/2022

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